La chronique
Il est peut être difficile de croire aujourd’hui qu’en 1970 le groupe de rock le plus populaire sur scène aux Etats-Unis n’était ni Creedence Clearwater Revival ni The Who, ni The Doors, ni même Led Zeppelin ni quiconque auquel vous pourriez penser, mais ce « power trio » de heavy rock originaire de Flint, Michigan.
Grand oui, funk pas vraiment, locomotive sûrement. Réputé pour son volume sonore infernal (les spectateurs de l’Olympia en 1973 s’en souviennent encore, bien que Humble Pie en première partie ait joué encore plus fort !), le groupe s’était signalé par de longues improvisations ponctuées de soli respectifs interminables, mélangeant reprises et compositions originales plutôt bien usinées.
Comme « Heartbreaker » (aucun rapport avec les titres de Free ou de Led Zeppelin), « Paranoid » (non plus avec Black Sabbath) ou « Mean Mistreater », tirées de leurs trois premiers albums depuis 1969, et qu’on retrouve ici, enregistrées en Floride lors de la tournée de promotion du troisième, Closer To Home, et qui contribuera aux deux millions de ses copies vendues sur le seul territoire Nord américain.
Unanimement vilipendé par la critique internationale (notre Rock & Folk national en avait même fait sa tête de Turc), le groupe avait conquis le jeune public américain. Pour la première fois dans l’histoire de l’industrie musicale, Live Album (double LP à l’origine -vendu à moins de cinq dollars seulement à la demande du groupe-, dont la réédition CD 2002 a changé l’ordre des titres, plus homogène avec la séquence des concerts) a fait l’objet aux Etats-Unis d’une pré commande atteignant le million d’exemplaires. Il s’en est vendu au final plus du double et atteint la cinquième place au Billboard début 1971.
Le chanteur guitariste Mark Farner (bien que le batteur Don Brewer assurait la plupart des vocaux), sex symbol aux origines Cherokee, cachait sa technique limitée par un son de guitare ultra saturé spectaculaire, comme en témoigne la version fleuve du « Inside Looking Out » d’Eric Burdon & The Animals, prétexte après le « are you ready » de rigueur, aux « feel alright ? » et « clap your hands ! » de circonstance.
Jean-Noël Ogouz
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