La chronique
Après avoir précisé, mécréant en diable, que l'on n'a jamais demandé à Julien Doré de servir la messe, interrogeons-nous : de quoi Les Prêtres sont-ils le nom ? Car c'est bien d'une invraisemblable gageure que tenter de restreindre ce qui occupe ici à un simple trio d'hommes, aussi aimables que chantants, puisque l'entreprise reste à l'initiative d'un évêché en quête de fonds caritatifs (celui de Gap et d'Embrun, dirigé par le très médiatique Jean-Michel di Falco), et qu'il est précisé en toutes lettres au verso du livret qu'une partie des recettes de vente de cet album sera reversée à une association.
Deuxième point d'ancrage : à quoi bon dire du mal de ce disque (ce ne sera de toutes façons pas le cas), puisque son prédécesseur (Spiritus Dei) a réalisé le score miraculeux - hum - de 800 000 copies, et que Gloria a été certifié disque de platine avant même son séjour dans les bacs, et par le simple jeu des pré-commandes. La mélopée des marchands du temple sera en conséquence de toutes façons plus vigoureuse que le cantique du pauvre critique isolé. Troisième station : comment nourrit-on l'enthousiasme sincère des foules liturgiques, manifestement émues jusqu'aux larmes, si l'on en croit les reportages diffusés par nos étranges lucarnes, au sortir d'une prestation des Prêtres ? La réponse est ici évidente : en leur offrant la même chose, en mieux, que lors de l'épisode précédent.
Ainsi, Gloria s'articule encore une fois autour de chants religieux (« Douce nuit »), profanes (« Les Lacs du Connemara » ou un « Mon vieux » emprunté au répertoire de Daniel Guichard), et incunables tout droit jaillis de l'univers de la musique classique, et agrémentés de textes ?cuméniques (ainsi du « Lac des cygnes », et du « Boléro » de Ravel). La même chose en mieux, car, outre le fait que nos trois amis chantent avec plus d'assurance, et sont plus performants ensemble, cet album se pare d'une élégance, d'un raffinement, qui faisait parfois défaut aux précédentes sessions, trop souvent d'une confondante naïveté : grâce donc soit rendu aux arrangeurs Florent Bidoyen et Roger Loubet, d'avoir mis le trio sur la trace d'une authentique contemporanéité en matière de chanson populaire.
On pourra simplement estimer curieux que le groupe ait porté son dévolu sur un « Je vous salue, Marie », certes dont le poème a été rédigé par le très catholique Francis Jammes, mais qui fut jadis mis en musique par le non moins libertaire Georges Brassens, qui avait perçu l'incommensurable ironie des quatre premiers couplets. Homme de peu de foi, on n'en saluera pas moins l'invraisemblable initiative des Prêtres qui, à la toute fin du disque, et à l'occasion d'un texte d'une grande simplicité, remercient tout simplement l'auditeur. Des artistes qui remercient leur public ? En 2011 ? C'est divin !
Réagissez