La chronique
Le grand mélodiste et interprète Julien Clerc a toujours su s'entourer de plumes. Dans Fou, Peut-Être, son vingt-deuxième album, il réunit à nouveau une floraison d'auteurs hétéroclites. Côté anciens, Charles Aznavour qui écrit peu pour les autres lui a offert « Les Souvenirs ». Une chanson d'une beauté formelle sur le temps qui passe, thème obsessionnel de l'Arménien que Julien Clerc s'approprie avec facilité. L'incontournable Jean-Loup Dabadie, parolier de légende, lui a tricoté « Le Temps d'aimer ». Une ballade intemporelle comme un tissu qui ne se froisse pas.
Côté nouvelle scène française, Julien Doré, qui à part le prénom n'a rien de commun avec l'ex chanteur de Hair a écrit « Les Dégâts ». Une chanson d'amour onirique. Alex Beaupain réinvente lui aussi Clerc sans trop le bousculer dans « La Nuit, c'est tous les jours » où l'errance est la seule issue. Mike Ibrahim signe « Les Jours entre les jours de pluie », petit clin d'?il à Singin' in the Rain. Un texte qui a inspiré à Clerc une pop enchantée. Autre réussite, « Où est-elle ? », un titre entraînant nappé de synthétiseurs et d'un accordéon qui le sort des terres balisées de la variété.
A 64 ans, la voix de Julien Clerc ne le trahit pas. Il se permet donc des envolées qui ont forgé son empreinte vocale. Une préfiguration de la prochaine tournée symphonique en 2012. Et le producteur de l'album, Philippe Uminski, fan du chanteur ne s'est pas privé qu'on l'entende. Même volonté avec la formule piano-voix dans « L'Amour prend tout » de Gérard Duguet-Grasser qui a écrit le plus grand nombre de titres, plume attitrée de Clerc depuis Double Enfance.
Maxime Le Forestier, ami de longue date, a façonné un splendide texte sur la paternité à soixante ans, le fameux « Fou, peut-être », porté par une orchestration majestueuse. La transmission pourrait être le fil conducteur de l'album. « Le Père dit à son fils » de Gérard Manset aborde la relation filiale sur une musique allègre mais complètement ratée. Manset toujours, parle du handicap dans « Sur la plage, un enfant ». L'intention est là, mais le morceau ne décolle jamais. Dommage que l'album se referme sur moins de souffle. Pour ceux qui veulent encore une dose de lyrisme, il y a l'édition Deluxe avec trois titres bonus dont « Je suis un grand cygne blanc ».
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