La chronique
Effectivement, ce coup-ci, c'est pour de vrai.... Côté cour, une extrême vélocité et technicité de jeu. Côté jardin, un sens de la densité, et de la musique en haute énergie, de chaque instant. Au milieu : Troy Andrews, trompettiste, tromboniste (c'est le moins, étant donné son pseudonyme), dorénavant chanteur, multi-instrumentiste, compositeur, et sauveur de tous ceux qui escomptaient bronzer pas idiots au soleil d'un funk pertinent. C'est désormais chose faite, grâce à un deuxième album enregistré avec sa formation Orleans Avenue, pont idéal entre l'immense tradition soul des sixties, et une électricité ambiante plus contemporaine.
Avec For True, le musicien néo-orléanais offre le disque idéal pour supporter les intempéries qui pointent le bout de leur vilain nez, mais il ne réalise pas seul l'exploit, s'appuyant sur des congénères de première valeur, à commencer par une section de cuivres de première densité. Mieux encore, l'opus accueille quelques invités de luxe, qui ne se contentent pas d'accoler un nom prestigieux au casting, mais apportent vraiment un écot signifiant à l'ensemble.
Ainsi du grand prêtre de la Tamla Motow, ce Lamont Dozier co-compositeur d'un « Encore » confortable et mutin comme une parade amoureuse. Les frères Neville offrent leur sens inné des rythmes serpentins dans « Nervis », et le rappeur 5th Ward Weebie, ou la fanfare rayonnante du Rebirth Brass Band, complètent ce qui constitue un très passable panorama de la scène actuelle de la Nouvelle-Orléans. Kid Rock pose sa voix sur « Mrs. Orleans » la bien nommée, Lenny Kravitz branche sa basse dans « Roses », et Jeff Beck, guitariste millésimé, gratifie de quelques licks imparables l'épatant « Do to Me ». D'autres encore complètent cette fête entre copains, célébration jubilatoire qui jamais ne perd de vue l'objectif de réjouir l'assistance, en faisant trépider les gambettes.
Manifestement mûri au gré de tournées incessantes, Trombone Shorty et ses acolytes réalisent ici l'exploit de générer une musique à la fois profondément ancrée dans une tradition ancestrale, et à la fois à dimension universelle. C'est ce qui fait de For True, non pas un bon disque, mais un grand disque.
Christian Larrède
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