La chronique
Emprunter le titre d'un septième album, dont l'ordre s'affiche par ailleurs fièrement sur le recto du livret, au Velvet Underground de la vaporeuse Nico ne relève d'aucune arrière-pensée pour Britney Spears. Après tout, si une femme fatale utilise bien ses charmes dévastateurs - couleur refaite à neuf, froufrou de meneuse de revue - pour gruger les gogos, alors la native du Mississippi a atteint le mitan de la cible.
Dans la mesure où on ne change pas une équipe qui fait danser, Dr. Luke et Max Martin ont été reconduits dans leur mission de producteurs, et quelques fines plumes, tels Bonnie McKee ou Ke$ha Sebert, ont été intégrées à une véritable armée mexicaine de plusieurs dizaines de talents des studios. La chanson proposée par William Orbit n'a toutefois pas été retenue dans la sélection finale, mais il est bienheureusement resté seize partitions pour faire palpiter les énergies juvéniles tout autour de la planète. En outre et en matière d'invités, on relève la présence de Sabi, et de will.i am, ce dernier décidément sur tous les fronts, que ce soit avec les Black Eyed Peas, ou en solo.
Par ailleurs, cet album, considéré par la chanteuse comme la bande originale d'une party durant laquelle se mêlent sexe et détresse, a suscité de biens curieuses réactions à l'international, ainsi de ce critique chevronné, assurant que, même si Spears est dotée d'une voix de crécelle et que les chansons ne sont pas bonnes et les paroles insanes, Femme Fatale reste le meilleur album de celle qui constitue le point d'union entre Madonna et Lady Gaga. Saisi de vertige, penchons-nous donc sur ces refrains supposés addictifs. Qui décelons-nous ? Rien. Pour être plus précis, on a le sentiment de traverser un océan de production ourlée et matoise, scintillante de cette soie si particulière du phasing, un univers étrange, où la pop la plus convenue se prétendrait pervertie par de troubles sensations.
Mais, même s'il faut bien convenir que cet album ne tient exclusivement la route que sur une piste de danse, un autre constat s'impose avec une force égale : toutes les chansons se ressemblent, s'appuient toutes sur un fragile équilibre de up tempos supposés frénétiques, et ne parviennent à bon port que grâce à l'acharnement industrieux des producteurs. Ainsi, on peut convenir que Britney Spears n'est pas une chanteuse, mais une icône, et que sa musique se résume à des impulsions électriques de laboratoire propices aux trémoussements, mais le tout n'incline pas vraiment à écouter, acheter ou voler Femme Fatale...état de fait peu dommageable, dans la mesure où l'opus a déjà commencé à accumuler les hit-singles, et à se vendre par containers entiers de l'autre côté de l'eau...
...Femme Fatale qui n'est pas le meilleur album de la dame, statut réservé à Blackout, sombre production, où une Britney Spears le moral aux catacombes exhibait la chair derrière la machinerie. Ici, on va plutôt au bout du marketing, de l'étude de marché, et du formatage. Et, donc, de l'ennui.
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