La chronique
Quand sort Fantasy Ride, Ciara a vingt-trois ans, et sousla ceinture deux albums qui totalisent plus de dix millions de copiesécoulées. Autant dire que la chanteuse, danseuse, un peu comédienne, un peu mannequin (et beaucoup people) fille du Texas, élevée à Atlanta, est devenue, en quatre ans une des figures lesplus en vue du R&B américain, qui n’est rien d’autre que lanouvelle pop planétaire.
Au programme : récupérer le trône occupé par Beyoncé, la championne en titre,contre la seconde challenger, Rihanna. Et pour cela, Ciara fait appel aux pourvoyeurs de hits de ses consoeurs, et d’autres joueuses,puisqu’on retrouve ici au générique les noms qui font la pluie (« Umbrella » de Rihanna) et le beau temps dans les charts du monde. C’est prendre une assurance de délivrer des hits calibrés, mais l’effet de surprise est aux abonnés absents, comme il l’est au rayon des featurings de rigueur : Ludacris, Young Jeezy, Chris Brown (l’amoureux tabasseur de sa rivale), Missy Elliott ou JustinTimberlake sont des noms qui ne feront pas lever le sourcil de l’auditeur en guise de manifestation de stupeur.
Le produit, car c’en est un, forcément, est comme on l’attend, lisse, rognés aux angles, fluide, outrageusement produit, justement. Il y a la dose de ballades sans vécu, et les club bangers de rigueur (« Work »,avec Missy Elliott, qui louche du côté du « Umbrella » déjà évoqué). Il y a ce morceau, «High Price», qui ose le vers : « Jedevrais être en Irak, mec, parce que je suis une bombe / J’ai lecul qui a l’air plus doux qu’un bun de McDonald»! Juste à la limite du bon goût. «Love Sex Magic» avec Timberlake est du fast food pour les radios, «Never Ever» sample Harold Melvin & the Blue Notes, parce que c’est l’époque où les chansons étaient plus que des gimmicks, et qu’elles ont donc su durer.
Fantasy Ride aura été un album à problèmes, annoncé comme un triple puis double LP, il est finalement réduit à sa simple expression, et comporte dans le livret les éléments d’un personnage, Super C, super héroïne basée par un dessinateur de DC Comics sur le personnage de la chanteuse, et dont elle veut faire l’outil de promotion du projet. Ça rappelle encore Mademoiselle Beyoncé, cette propension à s’inventer des personnages parallèles, pour devenir une entité qui dépasse la chair. Mais Ciara, si elle a le physique avenant, les courbes sinueuses et la fonction apte à les remuer de façon idéale pour les clips, n’a pas la puissance vocale dontfait preuve son aînée. Ce troisième effort est donc un disque assisté par ordinateur, un objet qui signifie l’époque, décoratif mais un peu vain. Un disque dont les chansons sont des véhicules à clips avant toute chose, agréable à l’oreille, efficace à fort volume sur les pistes de danse, mais qui reste inoffensif.
Jean-Eric Perrin
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