La chronique
Qu'il est fragile le frêle navire emmené par les frères Cavanagh. Anathema est l'incarnation du groupe touché par la grâce mais dont aucun des membres n'a réussi à tenir la barre avec l'âme d'un véritable capitaine. Des musiciens qui vont et viennent, une formation qui peine à retrouver un label quand sa maison de disques met la clef sous la porte, des sorties irrégulières... un ensemble de facteurs qui plonge le combo dans l'ombre alors que son talent mériterait d'exploser au grand jour après plus de vingt ans de carrière. Reste la musique. Dans ce domaine, le groupe de Liverpool a su faire preuve d'une audace rare.
C'est surtout avec un naturel déconcertant qu'il est passé du doom metal le plus guttural au rock progressif teinté de psychédélisme le plus aérien qui soit. Une transition en douceur que les fans ont accepté avec un dévouement presque inhabituel. En 2008, Anathema sort Hindsight, un album sur lequel il s'amuse à revisiter certains de ses classiques de manière plus acoustique, l'apport de quelques cordes venant enrober la chose d'un délicieux voile d'une délicate douceur.
Trois ans plus tard, les Cavanagh remettent le couvert de manière plus orchestrale, seize mois après leur We're Here Because We're Here. Paresse passagère, manque d'inspiration ou véritable envie de définitivement imposer leur nouvelle griffe sur une époque reculée ?
On aurait aimé dire que Falling Deeper présente un intérêt moindre que les derniers disques livrés par les Anglais. On s'est pourtant fait rattraper par l'élégance rare avec laquelle ils ont osé toucher à des pièces telles que « Crestfallen » ou « J'ai fait une promesse ». Car l'exercice de l'interprétation avec orchestre est ici effectué avec une aisance ahurissante, Anathema n'ayant surtout pas abusé des effets de puissance ou d'ampleur offerts par une horde de cordes.
Comment ne pas se faire happer par la voix d'Anneke van Giersbergen quand cette dernière surgit au détour d'un « Everwake » d'une sobriété exemplaire ? Sortir un second album de cette nature aussi rapidement peut en effet paraître facile. Mais la classe avec laquelle s'effectue l'interprétation de ces chansons sous un nouvel angle renvoie au placard le concept de best of standard sans inédits ni bonus rares. Autant en profiter.
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