La chronique
Il est difficile de traduire exactement le terme Era Extraña, mais « ère étrange » semblerait s'accorder le mieux au second album d'Alan Palomo, plus connu sous le nom de Neon Indian. Cette ère étrange désigne sans doute les mois passés à Helsinki, en Finlande - aux antipodes de son enfance texane -, où le Mexicano-américain a écrit les douze morceaux ici présents.
Il aurait été facile d'être déçu par Era Extraña, qui suivait l'euphorie suscitée par Psychic Chasms (2010), l'un des opus fondateurs de ce qu'on appelle depuis peu la chillwave... Mais ce n'est pas le cas. De l'éclatant synthétisme de « Polish Girl » au final passéiste et science-fictionnel d'« Arcade Blues » en passant par les guitares glamour de « Hex Girlfriend » ou les effluves nostalgiques de « Fallout », il est au contraire ardu de ne pas être satisfait par tout ce qui se passe en l'espace de 42 minutes. Manifestement refroidie par ce séjour finlandais et, surtout, un chagrin d'amour, l'électro-pop rengorge d'effets et d'échos introspectifs, sans pour autant perdre sa sensualité qui faisait le charme de Neon Indian depuis ses débuts. À la production, Dave Fridmann (MGMT, The Flamming Lips) se charge de conférer à l'ensemble du disque une cohérence teintée de nuances multicolores des plus addictives.
Il faut également reconnaître à ce second album la même qualité que son prédécesseur : une musique viscéralement liée à l'image, réveillant des souvenirs de l'inconscient collectif. Si ce sont bien sûr les années 80 qui ressortent grandies de cette incantation, le romantisme psychédélique des sixties ou la noirceur saturée des années grunge y trouvent également leur place.
Semblable à un bonbon dont l'acidité pique les yeux au bout de quelques minutes, Era Extraña allie l'euphorie d'une pop qui se veut dansante à la mélancolie d'une électronique métisse et introspective. À savourer sans modération.
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