La chronique
El Camino : « le chemin », en espagnol. Pas d'influences latines ici, ni de lubie mariachi, mais plutôt un clin d'?il renforcé au chemin parcouru depuis la genèse du groupe, dans une cave de la ville d'Akron, Ohio. Amis de longue date, musiciens aussi exigeants que performants, Dan Auerbach (chanteur et guitariste) et Patrick Carney (batteur) versent toujours dans le rock'n'roll suintant. Brut de décoffrage ? Pas tout à fait cependant, puisqu'ils ont fait à nouveau appel à Brian Burton, alias Danger Mouse, l'un des meilleurs producteurs de ce début de siècle.
Débordant d'une énergie digne du lapin Duracel, ce septième album (tout de même, en dix ans de carrière !) en est même l'accomplissement, référentiel et raffiné. À peine nos oreilles se sont-elles habituées à l'ouverture pétillante de « Lonely Boy » et à son refrain contagieux (« Woooh oh oh, I got a love that keeps me waiting, oh oh oohh ohh », etc.) que les Black Keys nous font l'honneur du brûlot électrique « Dead and Gone ». Puis les bons titres se suivent avec une logique implacable. Il ne faut pas se fier à l'introduction gentiment acoustique de « Little Black Submarines », qui est aussitôt suivie de riffs ravageurs. Le sex-appeal d'une soul « Sister » servie au synthétiseur ne s'encombre pas de saturation mais maintient parfaitement la cadence. Batterie martiale, céleste ludique et guitare bouillonnante : « Stop Stop » est un tube en puissance. Pour terminer, « Mind Eraser » ralentit le rythme à sa guise, nous offrant un dernier solo de guitare bluesy bien senti...
Le tout est irrémédiablement vintage comme il se doit, et s'inscrit dans la lignée des meilleurs albums des Rolling Stones eux-mêmes. Auerbach et Carney ne se cachent d'ailleurs pas d'influences un peu plus britanniques qu'à l'accoutumée. Et, même si leur son est avant tout, et sans doute pour toujours, du pur rock américain, il sait à quel saint se vouer.
Du fait que les Blacks Keys venaient de passer en maison de disque dite major, certains doutaient de la qualité de ce nouvel opus, ou du moins s'attendaient à un certain essoufflement. Loin s'en faut : le duo surdoué made in Ohio n'a pas laissé ses ambitions rock'n'roll au vestiaire.
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