La chronique
C'est une question de politesse envers le public. Il faut savoir s'arrêter à temps : c'est donc dans l'élégance singulière qui l'a toujours caractérisé qu'Eddy Mitchell a tiré sa révérence à son public des concerts, en ces 3, 4 et 5 septembre d'un sale automne qui n'osait pas encore dire son nom, et sur la mythique scène de l'Olympia. Le tout après une ultime tournée de près d'une centaine de dates.
Ma Dernière Séance, en catalogue raisonné de dernier tour de piste, offre par conséquent le très attendu best of public d'une trajectoire exemplaire, des balbutiements maladroits en hoquets initiaux (« Daniela ») aux derniers refrains (comme celui de « L'Esprit grande prairie », de façon très potache attribué in vivo à Alain Souchy et Laurent Voulzon), en une sélection sur deux chapitres et 39 chansons qui sont autant de tubes (« Le Cimetière des éléphants », « Il ne rentre pas ce soir »), et de tubes qui constituent presque toujours des hymnes (« Couleur menthe à l'eau », « Sur la route de Memphis »).
Entre crooner et rocker, jazzman (« Vieille canaille », reprise sur laquelle plane encore l'ombre d'un improbable duo télévisé avec Serge Gainsbourg) et séducteur roublard (« Toujours un coin qui me rappelle »), Mitchell n'a jamais souhaité choisir, et ce pour notre plus grand bonheur, mais il s'est toujours attaché à offrir des prestations live d'une extrême distinction. De même, on ne reviendra pas sur la capacité de Claude Moine (et de son compositeur favori Pierre Papadiamandis, qui est entré dans l'orchestre fin 1964) à trousser des mélodies et histoires populaires, mais signifiantes (« 18 ans demain »), touchantes sans avoir l'air d'y toucher.
On relèvera simplement qu'ici, la fête se complète de la participation de quelques invités qui viennent se frotter à la statue du Commandeur : la présence d'Olivia Ruiz, Pascal Obispo, Thomas Dutronc, Jean Rochefort ou Édouard Baer pourra éventuellement attirer le chaland, constat posé que l'homme à la pochette en pointe prend mieux la lumière - et le son - que l'entièreté du Gotha sus-nommé. Entre quelques anecdotes (la rencontre fortuite avec Duke Ellington) et quelques langueurs (« Rio Grande »), une manière digne et spectaculaire de célébrer un parcours de quarante années.
Á noter que l'album s'accompagne d'un tout aussi indispensable DVD, propice à poser des images sur notre nostalgie.
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