La chronique
Écoutez D'où Ma Peine Vient, ou l'art de parler, l'air de rien, de l'air du temps... Une fois encore, Souchon nous chante la délicatesse, vouée à l'échec, d'être « Rêveur » dans ce monde de brutes : « La vie un peu hindoue/ On voulait des matins doux/ On disait, vous verrez quand ce sera nous ». Une fois encore, il se montre d'une immuable modestie, comme le prouve la chanson titre de l'album, « Ecoutez d'où ma peine vient » : « Elles disent toute que j'ai l'air fin/ Que j'ai le museau finaud malin/ Mais de la vie, la vie je ne sais rien ».
Une fois encore, il cultive l'art du vocabulaire imagé comme dans « Les Saisons » ou « Elle danse » : « D'un boubou bien habillée/ Pour ne pas oublier/ Elle danse sous les peupliers ». Une fois encore, il joue de ses références culturelles, qui sont aussi les nôtres, en reprenant Aragon (« Oh la guitare ») ou en rendant un tendre hommage à Françoise Sagan : « Bonjour tristesse ».
Alain Souchon ne change donc pas. Et pourtant, il réussit toujours à nous happer, de son timbre reconnaissable entre tous, de ses clins d'?il nostalgiques et de sa mélancolie mi-figue, mi-raisin. Sa musique ne change pas non plus, mais sait se renouveler, tout en restant paradoxalement cloisonnée dans l'univers familial. S'il n'a pas pu travailler avec Laurent Voulzy, il a toutefois fait appel à son fils Pierre ou à David McNeil, un complice de longue date. Renaud Létang (qui a notamment travaillé avec Feist, Katerine ou Bernard Lavilliers) se charge du mixage et de la réalisation, qui relève ici du travail d'orfèvre...
Le résultat n'est pas surprenant, mais à la hauteur : le chant est aisé, les mélodies fluides, admirablement assorties aux paroles. Et vice et versa, comme sur le très réussi « Parachute doré », mêlant le mordant de l'ironie et la naïveté des rythmes calypso.
Petite touche finale : la petite notice explicative du livret, où Souchon nous explique la création de l'album. Et que l'année 2008, « ça nous fait un souvenir pour la vie ; on est des garçons mais on s'embrasse ». Et nous donne envie de l'embrasser, nous aussi, avec toute la tendresse qu'il peut nous inspirer, une fois encore.
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