La chronique
C’est donc par cet opus qu’Archive met un terme à l’œuvre conceptuelle entamée il y a quelques mois, nourrie de considérations socio-politiques sur les leaders d’opinion, la manipulation des masses, et le péril que le tout représente pour la démocratie. On sait que l’entité Archive tente, depuis 1994, de faire cohabiter dans une musique à forte dominante progressive les climats éthérés de Pink Floyd, la face la plus sombre d’un trip hop à la Massive Attack, les guitares liquides de Mike Oldfield, la délicatesse en apesanteur de Radiohead, ou un rap aussi haletant qu’anxiogène. Sans omettre les stridences de l’electro.
Le duo britannique et ses nombreux amis relèvent donc le pari, pour la deuxième fois en moins d’une année, et à l’occasion de ce neuvième album en studio. L’évolution saute instantanément aux oreilles : le successeur de Controlling Crowds (Part I-III), enregistré durant les mêmes sessions que l’œuvre initiale, est alimenté de pièces plus courtes, donc moins propices aux grandes envolées climatiques, mais plus riches en instants intimes.
Si les interventions du rapper Rosko John prennent (dans l’espace restreint où elles sont aujourd’hui confinées) souvent l’apparence d’un chien déboulant dans un jeu de quilles, Darius Keeler et Danny Griffiths – en direction bicéphale - restent toujours autant attachés aux sonorités irisées de machines vintage, et déploient modestement la préciosité de leurs talents de petits maîtres. De même, les deux autres piliers de ce qu’il va bien falloir désormais considérer comme un vrai groupe (les guitaristes Pollard Berrier et Dave Pen, ce dernier revenu d’un chagrin d’amour manifestement inspirant) ne contribuent pas peu à l’atmosphère méditative et mélancolique de l’album (leurs phrasés à la longueur inusitée n’en constituent-ils pas l’une des plus évidentes marques de fabrique ?).
« The Empty Bottle », en ouverture du disque (et premier single choisi), et dans la magnifique glaciation lumineuse qu’elle déroule, démontre à satiété à quel point de perfectionnisme, et de technicité, sont parvenus les Britanniques. Envoûtants, les paysages musicaux d’Archive s’offrent alors à nous.
Christian Larrède
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