La chronique
Le temps qui passe - car il ne sait pas faire autre chose, cette saleté - peut rendre la perspective surréaliste : durant une décennie (et, fait rare, jusqu'à leur séparation en 1980), Malicorne fut un groupe essentiel de la scène hexagonale, rock lorsqu'on l'attendait folk, et progressif quand on pensait exhiber sabots pointus et gilet en pure laine vierge. Le rêve du guitariste, chanteur, et figure de proue de l'entreprise, un Gabriel Yacoub en rupture de ban avec Alan Stivell, trouva force et vigueur grâce à neuf albums originaux, et une invraisemblable conjonction de talents : Hugues De Courson et Marie Sauvet ont, en particulier, largement contribué à une couleur musicale unique (l'utilisation des voix avec repons à la tierce), et à une légende parfaitement originale.
Trente années plus tard donc, un fou furieux - il en faut quelques-uns dans le domaine des arts - en la personne de Gérard Pont, nouvelle tête pensante des Francofolies de La Rochelle, rêve de s'offrir le retour de Malicorne sur scène. Contre toute attente, quelques mails et conversations téléphoniques suffiront pour que le line-up originel réponde favorablement à l'invitation faite par Yacoub. Le reste appartient à la nostalgie, mais en mieux, car auréolée de cette triomphante actualité.
Le reste ? Dulcimer, cromorne, nyckelharpa et autre mandoloncelle, légendes d'hier et morales d'aujourd'hui, refrains en madeleines de Proust (« Pierre De Grenoble », « Marions les Roses », ou « J'ai vu le loup, le renard et la belette »), qui, tous, en témoignent : toujours la bourrée est saine, et jamais le branle ne branle dans le manche. Certains invités assurent une filiation naturelle : Claire Diterzi, Le Quatuor, Tété ou JP Nataf enrichissent quelques pièces de leurs harmonies vocales. Le Québécois Michel Rivard rend visite dans « Voici la Saint-Jean », et Karl Zéro s'improvise Monsieur Loyal pour « La Conduite ».
Entrez, entrez : la sombre magie de Malicorne, ses tristes histoires d'assassin ou de filles légères ou d'animaux fantastiques reprend, en ce 15 juillet 2010 au théâtre de La Coursive de La Rochelle, force et vigueur, et jamais les nuits charentaises ne se sont trouvées aussi inspirées. Le concert fait également l'objet de l'édition d'un dvd plus copieux (vingt et une chansons), offrant également documentaire, diaporama, et bonus cachés.
Christian Larrède
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