La chronique
Collapse Into Now est un appel vigoureux à vivre le présent, non dans une béatitude à la mode, mais avec l'acuité de R.E.M., solide référence du rock alternatif depuis trente ans. Délestée de la poésie ésotérique et de son esthétique floue des années 1980, la voix de Michael Stipe sait (comment) se faire entendre. Exit la production cotonneuse de Pat McCarthy de la précédente décennie, Jacknife Lee donne une fois encore, le tranchant qu'elle mérite à la main droite de Peter Buck (« All The Best »), le guitariste de R.E.M. qui s'est distingué en 2010 au sein du groupe Tired Pony. Mike Mills se charge comme d'habitude de lier le tout de sa basse ronde, ses claviers minimalistes et ses ch?urs... parfois maladroits.
L'album Accelerate débutait le chantier, dégrossissait la situation en esthétique noire et blanche, Collapse Into Now fait entrer la lumière sur le même paysage en « reconstruction ». Cette fois point de fable. Ce rayon réel persiste, irradiant ou s'affadissant tout au long de ces 41 minutes. Opportunités d'actions, possibilités de communication et de changements s'offrent à l'époque, particulièrement aux jeunes générations, telle est la thématique du quinzième album studio de R.E.M., sur lequel, pour la première fois de son histoire, le groupe apparaît en première de couverture. Et le poing levé.
Message qui résonne d'autant plus à la lumière des événements qui agitent la scène internationale en cet hiver 2011. « Oh My Heart », contient même les paroles « The kids have a new take on faith » qui octroient une valeur prophétique à ce titre écrit l'année dernière. La section de cuivres recrutée pour le morceau, l'accordéon et le retour de la mandoline de Buck au premier plan en font l'un des moments forts du disque.
Contrepoint des temps forts, les points faibles. Certaines compositions vite expédiées, auraient gagné à être plus fouillées. Telle « That Someone Is You » qui, malgré sa bonne volonté, sonne dans le vide. La voix de Stipe y est truquée, dépouillée de son grain, ses ondulations humaines, et touchantes quand elles sont mises à nues (« Me Marlon Brando, Marlon Brando and I » ).
Collapse Into Now est un titre teinté d'ironie puisque truffé de références aux apprentissages du passé. Les exemples sont nombreux, citons celui de « Everyday Is Yours to Win ». Les paroles - tick/tock clock/rock - reprennent « Drive », de 1992 (sur l'album Automatic For The People). A ceci près que le point de vue n'est plus celui de trentenaires au faîte de leur gloire, mais de quinquagénaires. Assagis, certes, mais pas blasés, non. « Have got so much to learn » clame un Stipe soudain surexcité en duo avec Peaches sur « Alligator Aviator Autopilot Antimatter ».
« Blue » reprend lui le principe de « E-bow The Letter », duo qui unissait déjà les voix de Michael Stipe et Patti Smith en 1996. Paroles parlées plus que chantées, façon Stream of consciousness, tempo lent et effets de guitares (réverbérations, larsens amplifiés par la participation de Lenny Kaye), forment le limon d'où émerge la voix du premier puis celle de l'autre, impériale : « Blue » est éponyme de l'album (il contient le texte « 20th century collapses into now ») soufflé par Smith à son disciple Stipe.
La suite attendue et logique d'Accelerate tient ses promesses. Elle ne permet pas de replacer R.E.M. dans la catégorie des incontournables, le tout manquant trop d'innovation, mais Collapse Into Now a le mérite de ne pas céder à la gloriole éphémère. Ce groupe a su catalyser ses forces pour affronter les tempêtes (internes et médiatiques) et être crédible en faisant ce qu'il a toujours su faire : un pop-rock vivifiant et intelligent, aux codes connus mais dont l'efficacité n'est plus à prouver. « Savoir ce contenter de ce que l'on a, c'est être riche » Lao Tseu.
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