La chronique
Catherine Russell est une enfant de la balle (son père a travaillé avec Louis Armstrong, sa contrebassiste de mère accompagné Mary Lou Williams), et n'est pas née du premier concert de gospel. Catherine Russell a la tête bien faite (professeur de chant à Boston), mais n'en oublie pas pour autant cette poussière des beuglants du sud des Etats-Unis où naquit le blues.
Catherine Russell chante bien, mais préfère ignorer l'école policée dans laquelle s'embrigade aujourd'hui la majorité des chanteuses de jazz, cette approche lisse et satinée, propre sur elle, qui donne le sentiment que tout le monde chante comme tout le monde. Catherine Russell n'est pas à la mode, et c'est inutile de le préciser : son univers reste celui des femmes fatales, des femmes fortes à qui on ne la fait plus, des après-midi orageuses et languides où les robes se défont d'elles-mêmes, de la buée sur le verre de limonade d'une enfance enfuie.
Catherine Russell a des lettres, fouinant dans le répertoire d'Alberta Hunter, ou de Bessie Smith, avec la même jubilation, abordant les standards profanes ou religieux avec une semblable dynamique. Catherine Russell ne constitue pas qu'un artefact nostalgique, nous rappellant, nimbée par l'incomparable saveur d'un violon acoustique, d'un accordéon dénudé, et d'une contrebasse, quelques fondamentaux de l'humanité : la vie, la mort, la forte poitrine des femmes amoureuses. Tout cela fait que celle qui va nous aider à aller vers le printemps mérite qu'on retienne son nom : Catherine Russell.
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