La chronique
C’est Comme Ça (sans rapport avec le standard des Rita Mitsouko, et à l’intitulé trompeur, car pratiquement seuls mots en français de l’ensemble) n’est pas simplement un album en espagnol, mais bien un disque à destination des hispanophones et des publics d’Amérique latine, friands des refrains mobilisateurs, et des hommes déterminés.
On sait que, depuis plusieurs années, les aléas de l’existence (ou le désir de prendre le champ), ont conduit Pagny à s’installer avec femme et enfants en Patagonie, se livrant ponctuellement à quelques activités parallèles, tel l’élevage. C’est sans nul doute les bottes fichées dans cette terre de merveilles et de misère que le désormais uniquement interprète a conçu l’idée d’une collection de chansons, non pas adaptations faciles en castillan de certains de ses succès, mais bien créations originales.
A Miami, il croise Julio Reyes, Colombien exilé, et c’est à quatre mains que les déracinés opèrent la sélection des sessions : une chanson titre composé par le Cubain de Paris Raúl Paz (grand artisan des ponts jetés entre pop, rock, et tradition musicale), une autre mélodie offerte par Diego Torres (la star argentine du moment), démontrent le sérieux de l’entreprise, et le souhait du chanteur de cerner au plus près sa culture d’adoption.
Les douze chansons dans lesquelles Pagny insuffle une puissance émotive bien connue sont aérées de cinq intermèdes instrumentaux composés par Julio Reyes Copello, immense créateur de musiques de films. Enfin, deux reprises agrémentent le programme : une version franco-espagnole de « Que Nadie Sepa Mi Sufrir », mieux connu sous le titre d’ « Amor de Mis Amores », et qu’Edith Piaf immortalisa en France et dans le monde (« La Foule ») : Pagny y dévale la mélodie avec la fièvre d’un jeune homme. Quant à « Vuelvo Al Sur », tango de la mort, et partition signée Astor Piazolla, alors roi argentin de Paris, qui clôt l’album, son détachement de tragédie antique et de désespoir digne sont magnifiés par un quatuor à cordes pointilliste.
Le Français habite la moindre mélodie avec une mâle assurance, et la puissance de la voix est talentueusement servie par la diversité des arrangements, qui font voyager d’un orgue bourdonnant à l’ambiance chaleureuse d’un refrain country, en passant par un déchaînement urbain, ou le défilé nostalgique d’une fanfare de rue.
Après un hommage à Jacques Brel, les principes de l’electro appliqués à la chanson française, ou une incursion au royaume de l’opéra, nouveau pari d’un trublion de la musique hexagonale. C’est comme ça.
Réagissez