La chronique
A Whisper and a Sigh (2003) a enthousiasmé, Someday we will Foresee Obstacles (2005) a confirmé, Ghost Days (2008) a semé le doute. A tort : le quatrième album de Syd Matters est un retour vers le futur réussi. Entouré de ses désormais fidèles musiciens (Remi Alexandre, Olivier Marguerit, Jean-Yves Lozac'h et Clement Carle), Jonathan Morali renoue avec le folk intimiste de ses débuts tout en offrant d'avantage d'ampleur, de panache même, à ses instrumentations. Mieux encore, il assume plus que jamais ses influences littéraires, anglo-saxonnes surtout : on pense à William Faulkner, et particulièrement à Lumière d'août que Morali cite d'ailleurs clairement.
Après un tendre « Wolfmother », la bonne humeur d'« Hi Life » et l'énergie contenue de « Hallalcsillag » témoigne non seulement d'une inspiration renouvelée mais aussi d'un bonheur existentiel, d'une sérénité affirmée chez Jonathan Morali. Possédant cette capacité d'envoûter l'auditeur avec sa voix grave et trainante et très identifiable, celui-ci fait toujours preuve d'une virtuosité singulière à la guitare.
La petite ballade fragile (« Robbery ») côtoie un folk solide et affirmé (« We Are Invisible »). « River Sister », « Lost » et « Rest » racontent leur histoires de marins perdus (et parfois retrouvés), d'errances dans les forêts, de fantômes, d'enfance lointaine. Des thèmes mélancoliques chers à Jonathan Morali, certes, mais ici traités avec plus d'optimisme, d'énergie, de foi pourrait-on presque dire. Ce n'est pas pour rien que Brotherocean se termine (presque, car un dernier trésor est soigneusement « caché ») sur les percussions enjouées, les ch?urs ciselés et les claviers rieurs de « Hadrian's Wall ». Une nouvelle étape est franchie : celle de la maturité, peut-être. Et d'une certaine confiance en soi... et en autrui.
« La simplicité est la sophistication suprême », disait Léonard de Vinci. Par sa luxuriance parfaitement mesurée, Brotherocean en est une superbe démonstration, rassurant ceux qui pensaient Syd Matters perdu en route pour une longue et belle carrière.
Sophie Rosemont
Réagissez