Sans avoir jamais enregistré le mirifique hit en cross-over qui permet de durablement graver le nom d’un groupe dans toutes les chaumières (et dans les cœurs qui vont avec), Dream Theater, aussi ignoré par le monde du rock et de la pop qu’adulé par leurs fans, aussi bien au Japon, en Europe, que naturellement, aux États-Unis, a su construire une carrière de sagesse, de constance, et de perfectionnisme. Un parcours révérencieux, également, qui a rallié l’affection de grands anciens tels Steve Vai, Emerson, Lake & Palmer, ou Marillion.
Ce dixième album studio des new-yorkais vient à point nommé pour rappeler la prééminence (des disques vendus par millions) de ces chantres d’un metal progressif et virtuose. Souhaité comme une évolution patente du groupe,
Black Clouds… trahit des incursions avérées dans l’univers gothique, la tentation renouvelée de mélodies attractives, et le recours aux fondamentaux du genre (gros son, et section rythmique intraitable). Cet opus est constitué de six longues pièces, dont la suite très structurée
« The Count of Tuscany » (près de vingt minutes), à l’influence revendiquée du Pink Floyd.
C’est dans un climat anxiogène que débute le disque :
« A Nightmare to Remember » reste après tout l’évocation d’un accident automobile, illuminée de la guitare en échappée libre de John Petrucci, roi du staccato, et des tambours pétaradants de Mike Portnoy. Choisie comme premier single, la partition suivante (
« Rites of Passage ») constitue l’évocation, surprenante dans le contexte, de la Franc-Maçonnerie, et de ses rites initiatiques.
« Whither », seule ballade de la sélection, semble, en évidente concession commerciale, apte à se ficher au mitan des hit-parades, alors que
« The Shattered Fortress » et
« The Best of Times » retrouvent une acception plus orthodoxe du genre : structures complexes, pupitres véloces, et emprunts évidents au monde du classique.
Dream Theater réussit ici l’exploit d’amener une musique archétypale à un niveau de perfection rarement atteint, déclinant avec la même pertinence agressivité et mélancolie, onirisme et rage pure. La sortie de l’album s’accompagne des désormais traditionnelles éditions particulières, édition luxe en coffret, double album vinyle, et, surtout, pressage spécial, incluant un album supplémentaire de reprises. Dans ses versions très personnelles de King Crimson, Queen, Rainbow, ou Iron Maiden, Dream Theater offre de nouvelles pistes de compréhension de sa musique à ses audiences.
Christian Larrède
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Vos avis sur Black Clouds & Silver Linings [special Edition]