La chronique
Le deuxième album du vainqueur de l'édition 2007 de la Nouvelle Star choisit donc comme emblème l'un des chiens les plus ridicules de la création, qui fait sur la Côte d'Azur le ravissement des dames à cheveux bleu, et s'orne d'une iconographie extatique de chromo à la Pierre et Gilles. On a parallèlement envie de balancer quelques signalés coups de croquenots au chien et au chanteur, sauf que ce dernier pratique quant à lui volontairement le second degré.
Car c'est une incursion distanciée au pays du très précieux ridicule que nous offrent les treize chansons de l'opus : parcours balisé et référencé, mais également acide et parfois même farfelu. En ouverture, un « Baie des Anges » sans rapport avec Dick Rivers, en mode parlé et ch?urs pour grand orchestre de l'ORTF, renvoie à leurs chères études tous les Arnaud Fleurent-Didier de la création. « Kiss Me Forever » laisse craindre quant à lui un hommage à C. Jérôme, mais fait plutôt son beurre d'onomatopées gainsbouriennes. « BB Baleine » permet, en duo avec Françoise Hardy, une nouvelle déclinaison sur la faiblesse des hommes. La valse des invités se poursuit dans « Homosexuel » avec la participation d'Yvette Horner et son accordéon mélancolique, pour une quête un peu vaine d'amour sans pulsion sexuelle, et grâce à « Bergman », où l'on retrouve la voix ondoyante, de fumée et de désirs inassouvis, de Biyouna.
On relèvera en outre un casting de l'amitié supposée, qui intègre le réalisateur Arman Méliés, Benjamin Lebeau (The Shoes), ou Dominique A. Et les autres étapes de ce périple intime, mais sarcastique, ont le talent de l'intitulé (« Roubaix mon amour », « Glenn Close », « Golf Bonjovi »), et la saveur de cette variété française des années 70, qui lorgnait sur Londres - en compagnie de Gainsbourg, encore -, d'un rock indé débarassé du moindre complexe dans sa quête de la pop parfaite, ou d'une actualité dans laquelle Philippe Katerine a su imposer ses ceintures de bananes, et ses sourires jaunes faussement innocents.
Et que donne en fait à entendre Bichon ? Un chanteur protéiforme, un compositeur et auteur plus que doué, et un artiste manifestement soucieux jusqu'à l'anxiété de démontrer sa capacité à régurgiter talentueusement ses passions intimes. Au-delà de l'ironie, de l'archétype et de l'image d'Épinal, Julien Doré confirme essentiellement ici son extrême talent à offrir un univers kaléidoscopique, où le fluo ne dissimule qu'à grand-peine des couleurs plus franchement pastels. In fine, Bichon est un album fragile, donc particulièrement attachant.
Á noter que le deuxième volet de l'album offre cinq chansons supplémentaires, enregistrées dans la langue de Shakespeare, et en compagnie du groupe The Bash : ici, le bichon se glisse dans un perfecto, et chausse les santiags du rock. Récréatif, mais roboratif.
Christian Larrède
Réagissez