La chronique
Nul n’ignore désormais les affres qui ont présidé à la production de ce sixième album studio des Britanniques : les Londoniens ont en effet intégré un nouveau batteur (Steve Forrest, Américain dynamique, jouvenceau de la bande, et qui avait ouvert pour ses nouveaux patrons au sein de son précédent groupe, Evaline). De plus, Brian Molko a pratiqué un rigoureux nettoyage à sec de son armoire à pharmacie, et le groupe en son entier a fini par admettre que tout ce qui jaillirait de ses micros n’était plus immanquablement perçu comme une nouvelle merveille du monde en devenir.
Le son massif et innervé, conséquence de la participation à la production de David Bottrill (dont les titres de gloire restent d’avoir œuvré, il y a plus de quinze années, aux opus de King Crimson, David Sylvian, et, surtout, à l’historique The Ideal Crash de dEus) nourrit une thématique unique (une première pour Placebo), passablement existentialiste, et introspective. La conjonction est ainsi parfaite dans les textes entre sexe, drogues, et rock’n’roll. La première et évidente sensation reste que, par les idées simples qu’il véhicule, l’immédiateté des mélodies, l’abandon des affèteries de studio (tous ces bruits étranges), le recours à des guitares body-buildées, et la coloration survitaminée mentionnée ci-dessus, Battle For The Sun (enregistré à Toronto, et auto-financé par le groupe qui, par là-même, retrouve le giron d’un label indépendant), offre sans nul doute le plus américain des albums du groupe, à forte dominante de rock gothique pour audiences massives. Ainsi qu’une évidente filiation et continuité avec le précédent, Meds.
Les deux premières chansons des sessions permettent un coup d’œil ironique dans le rétroviseur, « Kitty Litter » agissant comme une évidente réminiscence du millésimé « Come Home », et « Ashtray Heart » constituant un rappel historique de la première appellation du combo. La puissance de la chanson-titre pèse de peu de poids face aux cuivres, vents et chœurs de « For What It’s Worth ». « Devil in the Details », « Speak in Tongues », et « Happy You’re Gone », clins d’œil aux efforts antérieurs de Placebo, constituent les moments faibles de la sélection. Il en va tout autrement de « The Never-Ending Why » (et son mur sonique et romantique pour adolescent prolongé, ce que nous sommes tous), et, a fortiori, de « Julien », dans lequel le quatuor développe sans nul doute la piste future de l’electro, alors que « Breathe Underwater » fait son marché dans des travées trop convenues, et que « Come Undone » pâtit manifestement d’un tempo plus ramassé.
En treize chansons, Placebo démontre, si besoin était, son extrême capacité à évoluer, en un parcours unique, des extravagances du glam-rock au caractère plus sombre d’un Suede, comme une exceptionnelle alternative au binaire mainstream environnant. Le principe médical du placebo exige de la part du patient une adhésion totale au traitement : il est à parier que les fans en canal historique du groupe salueront ainsi Battle for the Sun – du pain, des jeux, des basses vrombissantes, et des percussions péremptoires – comme une authentique réussite. L’auditeur plus réservé soulignera le travail bien fait, l’efficacité de ce rock imparable, mais n’y dénichera qu’à grand-peine l’empreinte d’une œuvre immémoriale.
Rendons néanmoins grâce à Molko d’offrir haut la main ici le meilleur album de David Bowie depuis Scary Monsters. L’album bénéficie de cinq éditions distinctes : CD, CD en édition limitée – et au livret et à l’iconographie somptueuses - incluant un DVD (un documentaire du making of des sessions), vinyle en double album, et coffret en édition limitée riche de deux inédits, disponibles en téléchargement. Une édition réservée au marché japonais propose également un inédit.
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