La chronique
Pourquoi peut-on être attendri par un jazzman ? Sans nul doute car ces garçons et filles-là n'hésitent pas à aller où le vent les porte, même si pour ce on doit mettre par parenthèses la trajectoire rectiligne vers le succès. Ainsi d'Éric Legnini, depuis quelque temps considéré comme figure émergente du jazz européen, et qui, après quelques humanités auprès d'Aldo Romano et autres représentants de l'Italian jazz connection, a recueilli les fruits de son inventivité grâce à ses incursions dans l'univers du jazz-funk (The Vox, 2011).
Et bien, Ballads, ce n'est pas du tout cela, et c'est très bien. Très bien que le pianiste italo-belge s'amuse à nous divertir (à moins que ce ne soit le contraire) avec une initiative en rupture, ambitieuse puisqu'elle tente de s'inscrire crânement - et ouvertement - dans le livre d'or des arts conjoints de la ballade, du trio, du standard, et du répertoire. De la ballade, car un grand musicien ne peut que frissonner d'aise, comme un gamin au sommet du grand huit, face à ces mélodies qui ont au moins autant d'importance que les notes qui les tracent, où les multiples respirations des airs imposent que les instrumentistes ne manquent pas de souffle.
Du trio, il faut savoir développer des trésors d'écoute, d'empathie et de connivence pour accepter de se livrer mains et claviers liés à deux corélégionnaires, passés maîtres dans l'air de redire sans se répéter. C'est naturellement le cas ici avec le fidèle Thomas Bramerie à la contrebasse, et le batteur Franck Agulhon. Du standard, car rien ne sert de courir vers des thèmes comme autant d'incunables, il faut partir à point pour quelques partitions qui meuvent, et émeuvent : c'est le cas dans Ballads, florilège de pièces signées Jobim, Ellington, ou Gershwin, auxquelles Legnini adjoint cinq compositions personnelles, comme autant d'échos de ces ancestrales émotions.
Du répertoire enfin, et du respect itou, puisque le trio ne se laisse jamais aller à ces digressions superfétatoires qui enivrent le musicien et ennuient prodigieusement l'auditeur : ici, les morceaux excèdent rarement une poignée de minutes, recentrés sur leur sève initiale, et dégraissés de toutes préciosités.
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