La chronique
La violoniste aixoise Amandine Beyer poursuit sa trajectoire fulgurante commencée il y a une dizaine d'années avec l'Ensemble 415, Les Cornets Noirs et l'Assemblée des Honnestes Curieux (pour mémoire, les Sonates in Several Parts de G.F. Haendel et les Sonates pour violon et basse continue de Rebel). Après plusieurs réussites en groupe (Gli Incogniti) ou en duo (avec Edna Stern), voici que la brune souriante se lance en solo et sans filet dans ces Sonates et Partitas pour violon seul du maître J.S. Bach.
L'exercice est périlleux et plus d'un soliste qui croyait s'en arranger s'est cassé les dents (ou plutôt les cordes), tandis qu'à l'inverse, l'ensemble de partitions classifié BWV 1001 à BWV 1006 a été joué de brillante manière par les plus grands, de Yehudi Menuhin, Jascha Heifetz et Henryk Szeryng à Itzhak Perlman (1988) et Gidon Kremer (1990, 2005). D'autres jeunes pousses du violon comme Hilary Hahn, Julia Fischer ou Viktoria Mullova ont aussi tenter d'apporter leur fraîcheur, mais aucune de ces dernières révélations n'a mis autant d'âme et de résonance qu'Amandine Beyer.
Les quatre mouvements successifs de ces trois Sonates et trois Partitas, datées de 1720, trouvent une nouvelle jeunesse grâce à la souplesse et l'audace du jeu de la Française, possédant ce rien de grâce et de caractère qui font toute la différence. Le violon, défiant tout obstacle, semble danser dans les passages allegro ou les merveilleux Double de la partition BWV 1002. Une prise de son chaleureuse ajoute au charme inédit de l'interprétation, éloignée des canons délivrés par les virtuoses au sang froid. Ce recueil constitue l'une des plus belles réussites d'Amandine Beyer à ce jour.
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