La chronique
Lorsqu’il sort ce premier album en 2006, Babx, abreuvé de références musicales et poétiques n’est âgé que de 24 ans, mais possède déjà une belle expérience. De sa mère, musicienne et musicologue, il a hérité la connaissance de la musique (piano jazz et classique, musique sacrée, saxophone, jazz vocal) et une exigence légitime en la matière. Un héritage qu’il reconnaît dans l’hommage nostalgique « Sous le piano de ma mère ». De son père psychanalyste, il tient ce goût pour le décryptage des travers humains, souvent tragiques. Un terrain glissant sur lequel Babx se lance avec l’assurance subtile que lui permet le langage imagé. Dans « Silicon baby » il s’attaque aux icones formatées et retouchées, sur un air de cha-cha.
Puis, changement de décor, le martellement du piano répond à la prosodie hachurée, rappée, de « Crack maniac » qui projette les images stroboscopiques d’un monde vu à travers les yeux d’un junkie. Une chanson noire et brillante à la fois. Dans l’haletant « Kamikaze », Babx lâche les rênes et crie contre ce monde fou. Heureusement, la violence est enveloppée d’orchestrations intelligentes, que n’aurait par reniées Bashung (« Bains de minuit »).
Si Babx voit grand, c’est aussi parce qu’il a la chance de réaliser son premier album au studio Pigalle, celui où son maître Ferré a jadis enregistré « La Chanson du scaphandrier » ou « La Vie d’artiste ». N’y aurait-il pas d’ailleurs un peu de rage échevelée, anarchiste et athée, dans la chanson « Secret professionnel », toute en tension maîtrisée jusqu’au final jazzy ?
Et puis enfin, l’amour. Là aussi, quand il joue les beaux parleurs, Babx se fait des films : le bruit d’un projecteur ouvre « Lettera », le souffle d’une trompette soulève le jupon de sa bien-aimée dans « Quand tu m’embrasses », quand ce n’est pas son cœur brisé qui fait des siennes (« Cœur larsen »). Des images cinématographiques qui donnent un « Point d’orgue » à ce premier acte d’une carrière extrêmement prometteuse.
Anne Yven
Réagissez