La chronique
Le rose (d'une ville, Toulouse, à pincées de tuiles et corne espagnole), or donc le rose aux joues, Serge Lopez présente son septième album à la famille. Et la famille, qui a mis la main à la pâte, dit son contentement. Depuis 2008 en fait, elle assure de son plaisir, la famille, depuis cet instant où Francis Cabrel appela le guitariste à la rescousse de l'album Des Roses et des Orties. Les liens sont alors tissés, et se confortent à chaque session, arrachée à un emploi du temps surchargé, pour le compte duquel Lopez transportait son accent sudiste de festivals en animations de rue. Notons simplement qu'avant tout cela, il y eut Paco de Lucia pour donner l'envie, et Bernardo Sandoval, Castillan qui initiera aux mystères déliés de la guitare flamenca.
Et, par conséquent, Au Fil de L'Horizon, album instrumental avec une poignée de chansons au milieu, c'est un peu tout cela : l'amitié, et le temps qu'il faut pour la construire. Ainsi de Francis Cabrel, qui a ciselé quelques textes, ou d'Art Mengo, qui vient chanter l'un de ceux-là (« Sans qu'elle me voie »). Ou encore d'Idir, absolu emblème de la chanson kabyle, qui s'est laissé séduire par « Como Amar », en trio avec Cabrel. Voisins naturels et invités d'office, Mouss et Hakim (Zebda) viennent en pousser une dans « Appaloosa (suite) », et c'est bien, car chaleureux.
Michel Françoise, alter ego de l'homme d'Astaffort, et guitariste plénipotentiaire, a accepté, mais à son rythme, lui qui réalisait simultanément les albums de Souad Massi et d'autres, de co-produire les treize vignettes de l'album. Et puis, progressivement se sont ouvertes les boîtes à couleurs et parfums : tous ceux de l'Orient, et aussi la vivacité assassine de l'Espagne, ce qui ne laisse pas d'être naturel, pour un musicien né à Casablanca de parents espagnols. La virtuosité étant ici une chose entendue, on a veillé à ne pas trop accabler l'auditeur de notes, à ne pas privilégier le déluge de sons face au sens. Et on y est parvenu, croisant les grands voiliers de la rumba catalane (« Rumba de la Sombra »), les felouques égyptiennes (« Dans la poussière des caravanes »), ou le rêve éveillé d'architectures inventées (« La Tour de sable »).
Un voyage vers l'autre, un album de rencontres, et de partage, bien davantage que la simple livraison d'un guitariste techniquement irréprochable. Et une pérégrination Au Fil de L'Horizon, pour en repousser les limites.
Christian Larrède
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