La chronique
Souffrant d'acouphènes, ce qui l'a conduit à se retirer momentanément de la scène musicale, et à dissoudre son groupe The Cardinals, Ryan Adams s'est consacré à l'écriture, puis a progressivement retrouvé le chemin des studios et de la scène, pour finalement offrir un treizième album - en onze ans, qui dit mieux - co-produit par Glyn Johns, britannique qui aura travaillé avec à peu près tout le monde, des Who à Led Zeppelin en passant par Bob Dylan ou Rod Stewart, et frère d'Ethan Johns, fidèle collaborateur d'Adams. Les sessions, intimistes, accueillent une invitée de marque, en la personne de Norah Jones, qui intervient ici sur plusieurs titres (« Kindness », « Come Home », et « Save Me », tous droits délicats et retenus) en tant que pianiste et choriste. Le claviériste Benmont Tench, compagnon de Tom Petty, complète le casting.
La sérénité des onze chansons trouve assurément sa source dans la nouvelle vie que s'est forgée le chanteur avec l'aide de son épouse, une existence d'où produits illicites et alcool sont désormais proscrits. Les refrains, d'un grand classicisme et d'une suprême élégance, s'inscrivent en outre dans une tradition de country-folk music brevetée, qui creuse son sillon dans un minimalisme (peu d'instruments, et encore moins d'effets) parfaitement maîtrisé.
La première tournée en appui de l'album sera en solo, et acoustique, et c'est un premier signe. Et Adams s'y produira vraisemblablement vêtu d'un t. shirt à l'effigie de Black Sabbath, et n'hésitant pas à reprendre Iron Maiden, ce qui en constitue un second, preuve que le bonhomme n'a pas perdu le goût, ni de la provocation, ni des contrastes. Pour l'heure, il nous laisse en compagnie d'une poignée de refrains discrets, d'histoires modestes et sensibles, dans lesquels il atteint de nouveaux sommets de compositions et d'interprétations.
En ouverture, « Dirty Rain » s'impose sur la pointe des pieds dans la brillance d'une americana bien tempérée, alors que la chanson-titre offre une très probante synthèse entre les univers de Dylan et de Hank Williams. « Rocks » ne revendique qu'un balancement séminal, et c'est déjà fameux, alors que « Do I Wait » cultive une atmosphère onirique parfaitement émérite. L'une des chansons les plus évidentes du programme (« Chains of Love ») bénéficie de quelques arrangements pour cordes particulièrement bien venus, et « Invisible Riverside » se transforme au fil des mesures en hymne aux vastes espaces. « Lucky Now » décline une mélancolie déchirante, et l'album s'achève par un « I Love You But I Don't know What to Say », qui trouve son résumé languide en ce titre décryptant l'incommunicabilité entre les êtres.
Ashes & Fire est un album en mineur pas mineur, éclatant diagnostic pour un artiste capteur d'émotions et d'époque. Grand chanteur, et foutrement bon disque.
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