La chronique
Débutant avec les envolées shoegaze de « Faith Unfolds » et se terminant avec le plus long (et le meilleur ?) de ses morceaux, « White Chapel » , Again Into Eyes ne se préoccupe pas des influences qui l'accaparent pourtant ostensiblement - Jesus & the Mary Chain, Nick Cave, The Cure... Car S.C.U.M. est bien déterminé à imposer son propre langage, aussi renseigné que référentiel, à son public.
Qu'importe ceux qui jugeront le chanteur, Thomas Cohen, beaucoup trop maniéré : porter les stigmates de siècles de poésie anglaise torturée pèsent forcément sur les frêles carcasses des jeunes membres du groupe britannique. Long poème rock, pesant et doux à la fois, harmonisé par le producteur Ken Thomas (David Bowie, Cocteau Twins, Sigur Ros), Again Into Eyes détient des morceaux d'une qualité incontestable.
S'écoulent la pensive « Days Untrue », l'aérienne « Cast Into the Seasons », l'oppressante « Requiem », la lancinante « Sentinel Bloom »: des chansons ténébreuses, viscéralement synthétiques, flirtant avec l'esthétique post-punk. Remarquablement construites, elles témoignent cependant de la jeunesse des post adolescents qui constituent S.C.U.M. L'atmosphère d'« Amber Hands » saisit à bras le corps l'auditeur, « Summon the Sound » est hautement qualifiable de tube indie par excellence. En bons chauvins, il serait difficile d'ignorer la poésie et la profondeur de « Paris » , ballade d'une extrême et séduisante mélancolie.
Enfin, il est aisé de comprendre que la basse démoniaque, les rythmes syncopés et les échos fervents de « White Chapel » aient pu faire leur petit effet à la Whitechapel Art Gallery de Londres, où le morceau fut présenté pour la première fois, dans le cadre d'une performance des artistes Tim Noble et Sue Webster. Un cadre somme toute idéal, par son intellectualisme et sa proximité avec les bas-fonds londoniens...
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