La chronique
Un cheval magnifiquement harnaché et, sur la monture, un artiste en fier colosse, dressant un poing ferme aux cieux : si l'on ajoute à cette mise en images un intitulé parfaitement explicite, on peut difficilement reprocher au chanteur de Côte d'Ivoire d'avancer masqué à l'orée de ce dixième album. Et ce n'est pas là sa moindre qualité.
En fait, Tiken Jah Fakoly est l'exemple type de musicien africain qui pourrait se reposer sur les lauriers encore verts d'une Victoire de la Musique (en 2003, pour l'album Françafrique), et de disques d'or comme s'il en pleuvait. Sauf que, lorsqu'on se sent mu et ému par une fibre progressiste, on n'hésite pas à tailler la route pour voir grandir son art. Ainsi, Fakoly a opéré une première halte dans les mythiques studios Tuff Gong de Kingston, qui virent Bob Marley s'incarner en première star tiers-mondiste de l'histoire. Revenu de ce périple jamaïcain riche des assises rythmiques concoctées par le bassiste Glen Browne, ou la guitare liquide de Mickey Chung, le chanteur a retrouvé Bamako, où il a décidé de s'exiler depuis plus de cinq années, afin de mieux frayer avec l'art des griots.
Il a également retrouvé son propre studio, et son envie dévorante de marier reggae et blues mandingue. Autant dire que le message d'African Revolution, mis en formes par les producteurs Kevin Bacon et Jonathan Quarmby (compagnons de Finley Quaye), se veut commun à tout un continent. En anglais ou français dans le texte, le disque appelle à la prise de conscience de la jeunesse africaine, à la responsabilisation de ses élites, et met en garde face à la perte de référents, et à l'omnipotence de l'argent. Et proclame qu'entre pouvoir et espoir, le choix est vite fait. Plusieurs textes ont été écrits en collaboration avec Magyd Cherfi (Zebda), voire Féfé ou Jeanne Cherhal. Et c'est la guitare de Thomas Naïm qui, depuis les toutes premières sessions préparatoires, sert de fil conducteur à l'ensemble.
Bien sûr riche des reggae songs les plus harmonieux et vindicatifs du moment, African Revolution ne se résume pas uniquement à un album de reggae. Il s'agit également d'un disque de combat. Mais, après tout, cela ne revient-il pas au même ?
Christian Larrède
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