La chronique
Le premier chapitre de l’aventure Bisso Na Bisso avait été un chemin fleuri pavé de succès. L’époque était au rap français triomphant. Passi, l’initiateur du projet, collectionnait les disques d’or et les passages radio. Il y avait autour de cette réunion de « cousins » congolais, issus de différentes entités liée au fameux Secteur Ä sarcellois, une dynamique née de l’addition des talents autour d’un projet nouveau : rapper sur des musiques africaines, pour faire le pont entre les deux cultures de ces enfants de l’exil.
C’était il y a dix ans. Il y eut l’album Racines, puis le live 15 Mai 1999, au Zénith, transformé en annexe brûlante de la tournée africaine qui les vit triompher façon retour des fils prodigues. Depuis, La vague est passée, plus de nouvelles depuis longtemps d’Ärsenik, de 2 Bal, Melgroove séparés depuis longtemps, et Passi en solo, comme Ben-J des Neg' Marrons, ont pris de plein fouet la réalité quand ils ont sorti des albums en 2008 : leur tour était venu, puis passé.
Remettre ce couvert-là en 2009 n’a donc plus d’effet de surprise, et passé le plaisir d’entendre à nouveau ces voix et flows qui ont marqué leur temps, on se retrouve avec un album un peu disparate, à l’instar des nombreux projets thématiques de Passi ces dernières années. Que vient faire ici Christophe Maé ? Il est certes sincère admirateur de l’Afrique, mais son phrasé sur le consensuel « Pas de différence » tranche avec les autres invités, Manu Dibango, Sizzla, Jocelyne Labylle... Sur un morceau choral, « We Are Africa », on croise aussi Angélique Kidjo, Khaled, Papa Wemba, Les Nubians, Ismael Lo et une grosse poignée d’autres, réunis pour clamer leur fierté légitime.
Quelques messages saupoudrés ici ou là, les ambiances sautillantes de rigueur, le défilé des flows, tout ce qui avait fait mouche est encore là, mais de façon un rien prévisible. Et on imagine que cette fois, le cross-over ne sera pas si aisé à réaliser.
Jean-Eric Perrin
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