La chronique
Au moins, les garçons n'avancent pas masqués. L'intitulé de leur nouvel album (ou la redoutable épreuve du deuxième opus, que tout le monde attend armes à la main), capitalise en effet sur l'expérience accumulée, depuis leur effort, initial et éponyme (2007), grâce à la participation des Bordelais à maints rendez-vous d'importance (festivals, et scènes majeures, où ils ont apparemment découvert le bon usage de l'électricité), et des rencontres formatrices (de Revolver à Alister, des collègues de la même génération). Surtout, il indique le souhait, et le souci, du trio de rompre avec les parallèles faciles (des Beatles à trois, et de par chez nous), et les inféodations trop commodes (Neil Young, dont l'extrait du titre de l'un de ses standards leur a offert leur appellation).
Donc, Julien, Julien, et Michel reviennent en devant de scène, et ils sont plus resserrés, tendus, et nerveux qu'auparavant, comme si ce brusque changement d'atmosphère n'avait que peu de rapports avec une sérénité béate : si la chanson d'ouverture (« We Go ») peut rappeler des Pixies en vacances au bord de la mer (et, donc, le groupe culte Modest Mouse), « Not Fun Anymore » (premier single extrait du programme) qui suit, démontre amplement à quel point le folk du groupe se teintera désormais de l'électricité du rock, et de la délicatesse de la pop. Le désolé « Xmas Day », sur un rythme entêté, rappelle que sous le sapin aussi, les histoires d'amour finissent mal en général, alors que « Meant to Last » (c'est tout le malheur qu'on leur souhaite) signale avec précision la capacité de Hey Hey My My à trousser refrains addictifs, et complaintes déchirantes (ici, de bonheur). On a écrit cela pour Weezer, et The Breeders, et c'est en toute satisfaction que l'on réitère le diagnostic.
Entièrement enregistré en anglais, A Sudden... a été mixé par Tony Hoffer (qui a, dans un passé récent, décrypté toute la puissance de The Kooks, ou Supergrass). Le graphisme de son illustration de recto rappelle naturellement leur premier disque : le lettrage s'y trouve simplement enflammé d'une nouvelle fièvre ,qui baigne heureusement compositions, et interprétations. Une démarche qui permet à Hey Hey My My de rallier le cercle restreint des petites merveilles hexagonales que le marché d'outre-Manche ne va pas manquer de tenter de nous subtiliser. Qu'il y vienne.
Christian Larrède
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