La chronique
Quatrième album studio du dernier monstre vivant du rap américain, avant la chute des ventes et le bouleversement de l’industrie, ce Before I Self Destruct a été maintes fois repoussé, commenté, médiatisé avant sa sortie définitive à l’automne 2009.
Pour redorer son blason (on se souvient qu’il avait annoncé une retraite anticipée si son précédent opus était « battu » par celui de Kanye West concomitant, en 2007. Pas fâché, il a travaillé des titres avec le même Kanye, qui n’ont pas été retenus pour celui-ci), Fif a battu le rappel des producteurs qui font la différence. Dr Dre, évidemment, qui signe les trois titres les plus frondeurs, dont « Death to My Enemies » avec son gimmick entêtant, marque de fabrique du sorcier qu’on connaît, mais aussi des vieux de la vieille comme Rockwilder ou Havoc, et des joueurs de champ comme Ty Fyffe, Pollow Tha Don ou Rick Rock.
Sombre et tendu, ce disque létal montre un rappeur au flow plus pesant, dont le défaut récurrent de prononciation est ici plus audible encore qu’auparavant. « Psycho », une autre Dreduction, invite le complice de choix Eminem, pour un duel effrayant, un bras de fer lyrical sur fond de musique de film d’horreur. On se souvient que 50 Cent a construit sa légende sur une image de mauvais garçon, mais comment la perpétuer quand on gagne des millions en vendant de l’eau minérale, du parfum ou des préservatifs estampillés ?
Simplement en revenant aux fondamentaux : tout ce disque trempe dans la poix, les beats sont lourds, poisseux, collants, la voix abrasive et sale, une ambiance générale qui sent la haine, la peur, la souffrance. On est loin des tubes crossover, quasi pop, qui ont fait sa légende récente. Ici, on ne fait pas de prisonniers. On croise forcément une chanson de « beef », ici « So Disrespectful », où il taille des croupières à ses ex-associés Young Buck et The Game, avec toute la mauvaise foi de rigueur.
Le machisme éhonté est aussi au programme, dans « Baby By Me », (avec Ne-Yo, au refrain R&B), où il vante l’intérêt de se faire engrosser par lui (l’héritage !), et « Do You Think About Me » où il s’adresse à son ex-fiancée (et mère de son fils) avec une pudeur et une distinction rares (c’est de l’humour !). C’est aussi la seule brève intrusion de l’autotune (sur la phrase du refrain) dans tout le projet. Dans une veine carrément pornographique, le troisième et dernier invité, R Kelly (qui s’y connaît dans le domaine), duettise sur « Could’ve Bee You ».
Un peu long encore (16 titres), Before I Self Destruct ne souffre pourtant pas trop du syndrome remplissage, et maintient la tension tout du long d’un disque qui certes manque de gros tubes clubs évidents et crossover, mais c’était justement là le but, semble-t-il. En matière de rap gangsta comme au bon vieux temps des 90’s, il est par contre du bon calibre.
Jean-Eric Perrin
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