La chronique
Dans une chanson (La Moda), aujourd’hui oubliée, de son groupe Carte de Séjour, Rachid Taha fustigeait déjà, il y a près de quinze années, ces frères en immigration, qui, pour passer le sas d’entrée des discothèques, étaient prêts à renier leurs racines. Dans son troisième album solo, le chanteur n’hésite pas à enfoncer le clou de la provocation, et ce dès la photo du recto du livret (signée Jean-Baptiste Mondino), le présentant en blond paille, et les yeux bleus. Mais l’ambiguïté ne se limite pas aux considérations ethniques, et le trouble quant à l’identité sexuelle, à quoi peut renvoyer le cliché, est à rapprocher de certaines pochettes d’albums de David Bowie.
Dans une chanson (« La Moda »), aujourd’hui oubliée, de son groupe Carte de Séjour, Rachid Taha fustigeait déjà, il y a près de quinze années, ces frères en immigration, qui, pour passer le sas d’entrée des discothèques, étaient prêts à renier leurs racines. Dans son troisième album solo, le chanteur n’hésite pas à enfoncer le clou de la provocation, et ce dès la photo du recto du livret (signée Jean-Baptiste Mondino), le présentant en blond paille, et les yeux bleus. Mais l’ambiguïté ne se limite pas aux considérations ethniques, et le trouble quant à l’identité sexuelle, à quoi peut renvoyer le cliché, est à rapprocher de certaines pochettes d’albums de David Bowie. D’un point de vue purement musical (quoique chez Taha, la frontière soit toujours particulièrement ténue entre expression artistique et engagement citoyen), le producteur Steve Hillage et son ami chanteur ont élaboré un très délicat équilibre entre tradition et innovation technologique (funk-rock et classicisme arabo-andalou mêlés), chanson à textes et musiques de danses appariées (« Non non non », dans la lignée de « Voilà voilà », constitue un nouvel hymne à la vigilance, et à la compréhension entre les peuples), et entre Orient et Occident, enfin. Le souci d’universalité du propos incite Taha, comme à l’accoutumée, à chanter en plusieurs idiomes. Mais c’est surtout en musique qu’est soulignée la richesse du message : d’un hommage au rocker Bo Diddley, à une pochade à destination du metteur en scène Quentin Tarantino (« Jungle Fiction », ou quand les trompettes mariachis rencontrent la profondeur épileptique des guitares de surf music, le tout à très grande vitesse), en passant par un emprunt thématique au romancier Jean-Marie Le Clézio (et son roman Désert, dans la chanson « Valencia »), et aux parfums capiteux des plus débridés rocks algérois, Taha embrasse tous ces plaisirs avec la gourmandise d’un éclectisme talentueux…jusqu’aux jeux de mots de potache (« Tabla Motown »)…Et Olé Olé mérite que sur le carnet de notes soit portée la mention : indiscipliné, mais doué.
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